Contexte général

Pendant l'allaitement, la femme produit entre 700 mL et 900 mL de lait par jour. Cette production représente une demande hydrique et nutritionnelle importante. Certains contaminants liposolubles ou métaux lourds peuvent se retrouver dans le lait maternel si la mère y est exposée. Toutefois, à des concentrations conformes à la réglementation, l'eau du robinet ne constitue pas une source préoccupante pour la composition du lait dans les conditions normales de distribution française.

Situation générale

L'eau du robinet conforme est pleinement adaptée à la consommation quotidienne des femmes allaitantes. Les points ci-dessous documentent les situations particulières à connaître.

Hydratation : besoins accrus

L'EFSA recommande un apport hydrique total de 700 mL/jour supplémentaire pendant l'allaitement par rapport à une femme adulte non allaitante, soit environ 2,7 L/jour au total (toutes sources confondues : eau, boissons, alimentation solide).

  • L'eau du robinet conforme est une source d'hydratation pleinement recommandable, moins coûteuse et plus écologique que l'eau en bouteille.
  • La composition minérale de l'eau du robinet (calcium, magnésium) peut contribuer aux apports nutritionnels pendant cette période de demande accrue.

Paramètres spécifiques à l'allaitement

Plomb (Pb)

L'allaitement s'accompagne, comme la grossesse, d'une mobilisation du calcium osseux maternel pour la production de lait. Cette déminéralisation osseuse physiologique entraîne une remobilisation parallèle du plomb accumulé dans les os au cours de la vie. Des études ont mesuré des concentrations de plomb dans le lait maternel corrélées à la plombémie de la mère.

  • Le plomb passe dans le lait maternel : environ 1 à 3 % de la plombémie maternelle se retrouve dans le lait (données de la littérature, variables selon le statut calcique maternel).
  • Limite réglementaire eau : 10 µg/L
  • Mesure préventive identique à la grossesse : laisser couler l'eau froide en cas de canalisations anciennes, ne pas utiliser l'eau chaude du réseau.
  • Un apport calcique alimentaire suffisant limite la déminéralisation osseuse et donc la remobilisation du plomb osseux.

PFAS : Substances per- et polyfluoroalkylées (Mis à jour 2026)

Les PFAS sont des contaminants liposolubles qui s'accumulent dans les graisses corporelles et sont détectés dans le lait maternel. Leur présence dans le lait est principalement liée à l'exposition alimentaire cumulative (poissons gras, emballages alimentaires) mais aussi à la consommation d'eau contaminée.

  • Limite réglementaire (somme de 20 PFAS) : 0,10 µg/L, obligatoire depuis le 12 janvier 2026 (Directive 2020/2184/UE)
  • L'instruction DGS du 19 février 2025 précise explicitement que les femmes allaitantes font partie des populations sensibles qui ne doivent pas consommer l'eau en cas de dépassement confirmé, afin de protéger le nourrisson via le lait maternel
  • Les PFAS s'éliminent lentement de l'organisme. L'allaitement peut réduire la charge corporelle de la mère, mais expose le nourrisson via le lait
  • En l'absence de dépassement dans votre commune, l'eau conforme peut être consommée normalement
En cas de dépassement PFAS dans votre commune

Les femmes allaitantes ne doivent pas consommer l'eau du robinet pour la boisson. Suivre les recommandations de l'ARS compétente. (Instruction DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025)

Perchlorate (ClO4)

Le perchlorate passe dans le lait maternel et peut perturber la fonction thyroïdienne du nourrisson allaité. La thyroïde du nourrisson de moins de 6 mois est particulièrement sensible à l'inhibition de la captation d'iode par le perchlorate.

  • Pas de limite réglementaire en France pour le perchlorate dans l'eau potable
  • Seuil de gestion ANSES pour les femmes allaitantes : éviter la consommation d'eau avec perchlorate > 15 µg/L (pour protéger le nourrisson via le lait)
  • Zones principalement concernées : Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, abords de sites industriels

Nitrates

Les nitrates présents dans l'eau consommée par la mère ne se concentrent pas de manière significative dans le lait maternel. La teneur en nitrates du lait maternel est indépendante de la teneur en nitrates de l'eau bue par la mère dans la plage des concentrations réglementaires.

  • Aucune restriction spécifique sur les nitrates n'est recommandée pour les femmes allaitantes au-delà de la limite générale de 50 mg/L.

Iode

L'iode est essentiel au développement thyroïdien du nourrisson. La teneur en iode du lait maternel dépend directement des apports maternels. L'eau du robinet contribue modestement aux apports iodés (teneur variable selon la géologie locale, généralement 2 à 20 µg/L en France).

  • L'ANSES recommande un apport d'iode de 200 µg/jour pendant l'allaitement (contre 150 µg pour l'adulte non allaitant).
  • Cette couverture est principalement assurée par l'alimentation. La supplémentation médicamenteuse doit être discutée avec le médecin traitant ou le gynécologue.

Tableau récapitulatif

Paramètre Particularité allaitement Action recommandée Source
Hydratation +700 mL/jour vs adulte normal Boire suffisamment. Eau du robinet conforme recommandée. EFSA 2010
Plomb Passe dans le lait. Mobilisation osseuse maternelle. Canalisations anciennes : laisser couler l'eau froide avant usage. OMS, EFSA
Nitrates Pas de passage significatif dans le lait Norme générale 50 mg/L applicable OMS 2022
PFAS Surveillance renforcée. Source principale : alimentation. Vérifier conformité locale si alerte ARS Directive UE 2020/2184

Sources et références

  • EFSA — Dietary reference values for water, EFSA Journal 2010;8(3):1459
  • ANSES — Apports nutritionnels conseillés pour la population française, 3e édition. anses.fr
  • OMS — Guidelines for Drinking-water Quality, 4e édition, mise à jour 2022
  • Ettinger A.S. et al. — Influence of maternal bone resorption on blood lead concentrations during pregnancy. Am J Epidemiol, 2004
  • Leotsinidis M. et al. — Toxic and essential trace elements in human milk from Greek lactating women. Environment International, 2005
  • Directive européenne 2020/2184/UE du 16 décembre 2020 (PFAS, plomb)
  • Code de la Santé Publique. Articles R. 1321-1 et suivants
Information
Cette fiche a un caractère informatif et ne constitue pas un avis médical. Dernière mise à jour : avril 2026. En cas de doute, consultez votre médecin, votre sage-femme ou votre ARS.